Chaque automne, des millions d'assurés suisses reçoivent une lettre de leur caisse-maladie annonçant une hausse des primes. La franchise maladie choisie l'année précédente influence directement le montant de cette facture. Beaucoup la fixent une fois, au moment de la première affiliation, puis n'y touchent plus pendant des années. Pourtant, le mauvais niveau de franchise peut coûter plusieurs centaines de francs par an, dans un sens comme dans l'autre. Ce choix mérite d'être recalculé régulièrement, surtout si votre état de santé ou votre budget a changé.
Cette sélection retient les six niveaux de franchise fixés par la loi fédérale sur l'assurance-maladie (LAMal) pour les adultes. Chaque entrée indique à qui elle convient, selon la fréquence des soins et la tolérance au risque financier. Les montants de primes varient fortement selon le canton et l'assureur, mais la logique de risque reste la même partout en Suisse.
Franchise de 300 francs : le plancher légal
En Suisse, 300 francs est la franchise minimale pour les adultes dans le modèle d'assurance de base. Elle convient surtout aux personnes suivies régulièrement pour une maladie chronique, en dialyse, ou en traitement oncologique. Avec ce niveau, les frais médicaux sont pris en charge par l'assureur dès que 300 francs de factures sont atteints dans l'année, hors quote-part de 10 %. La prime mensuelle reste toutefois la plus élevée de toutes les options, ce qui pénalise les personnes en bonne santé qui consultent rarement.

Franchise de 500 francs : le choix par défaut
La majorité des nouveaux assurés reçoivent ce montant par défaut à l'ouverture de leur contrat, chez des assureurs comme Helsana ou CSS. Elle représente un compromis entre prime mensuelle et reste à charge en cas de pépin de santé. Pour un adulte qui consulte occasionnellement un médecin généraliste, ce niveau limite l'exposition financière sans faire exploser la prime. Il reste cependant rarement optimal : la plupart des assurés jeunes et en bonne santé paient plus cher que nécessaire avec cette franchise.
Franchise de 1000 francs
Ce palier marque un vrai changement de logique par rapport aux deux premiers. L'économie de prime annuelle devient généralement supérieure à la différence de franchise, pour un assuré qui ne consulte qu'une à deux fois par an. Il convient aux adultes actifs, sans traitement régulier ni suivi spécialisé. Le risque principal survient en cas d'accident ou de diagnostic inattendu en cours d'année, qui oblige à payer la totalité du millier de francs d'un coup.
Franchise de 1500 francs
Peu choisie par les particuliers, cette franchise s'adresse surtout aux personnes jeunes, sans antécédent médical, qui n'ont pas consulté de médecin l'année précédente. L'écart de prime avec la franchise de 1000 francs reste souvent modeste, comparé à celui observé entre 300 et 1000 francs. Avant de la choisir, mieux vaut vérifier les grilles de primes proposées par son assureur, canton par canton, car l'économie réelle varie beaucoup d'un assureur à l'autre.
Franchise de 2000 francs
Ce niveau cible les assurés qui disposent d'une réserve financière suffisante pour absorber un imprévu de santé sans déséquilibrer leur budget. Il suppose aussi une bonne santé générale et l'absence de traitement prévisible dans l'année à venir, comme une opération planifiée ou une grossesse. Les familles avec enfants l'évitent souvent, car chaque membre assuré sous ce régime doit pouvoir financer sa part en cas de besoin. CSS et Swica proposent ce palier avec des écarts de prime proches du maximum.

Franchise de 2500 francs : le plafond
C'est le montant le plus élevé autorisé par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) pour les adultes. Il offre la prime mensuelle la plus basse du marché, mais expose l'assuré à payer jusqu'à 2500 francs de frais avant toute prise en charge, plus la quote-part de 10 % jusqu'à 700 francs supplémentaires. Ce choix convient aux personnes en excellente santé, disposant d'une épargne disponible, prêtes à assumer un risque financier ponctuel pouvant dépasser 3000 francs une année difficile.
Que faire maintenant
Rassemblez vos factures médicales des deux ou trois dernières années pour estimer votre consommation de soins réelle. Cette base chiffrée vaut plus que toute intuition sur votre état de santé.
Utilisez le comparateur officiel priminfo.ch, géré par l'OFSP, pour simuler les primes selon chaque franchise, dans votre canton et pour votre âge. Comparez ensuite l'écart de prime annuel avec le supplément de franchise envisagé.
Notez la date du 30 novembre : c'est le dernier jour pour résilier votre contrat actuel ou demander un changement de franchise à la hausse, effectif au 1er janvier suivant. Pour une baisse de franchise, contactez directement votre caisse-maladie : le changement prend effet le mois suivant la demande, au prorata de l'année.
Vérifiez votre éligibilité aux subsides cantonaux de primes auprès du service cantonal des assurances sociales, surtout après une baisse de revenu. En cas de litige sur une facturation ou un remboursement, saisissez l'Ombudsman de l'assurance-maladie, un organe indépendant et gratuit pour les assurés.
Comment choisir sa franchise sans se tromper
Comparer son budget annuel moyen de soins avec l'écart de prime entre deux franchises reste la méthode la plus fiable. Si la différence de prime sur l'année dépasse le risque réel de dépenses, la franchise haute gagne presque toujours. À l'inverse, un traitement chronique connu, une grossesse prévue ou un suivi spécialisé régulier rendent la franchise basse plus sûre.
Le site priminfo.ch, maintenu par l'OFSP, permet de simuler ces écarts pour chaque assureur actif dans votre canton. Pensez aussi à combiner le choix de franchise avec un modèle alternatif, comme le médecin de famille ou Telmed, qui réduit la prime indépendamment du niveau de franchise retenu. Enfin, gardez en tête qu'une franchise se révise chaque année : ce qui était optimal à 25 ans ne l'est plus forcément à 45 ans, avec un suivi médical qui s'étoffe.