Une coupure d'électricité à Abidjan n'est plus une surprise, c'est devenu un risque à gérer au quotidien. Dans la nuit du 22 mars 2026, un départ de feu au poste source de la Djibi a plongé plusieurs quartiers de Cocody dans l'obscurité. Ce type d'incident se répète depuis janvier 2026, au point que la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE) évoque elle-même une crise de croissance. Face à cette situation, mieux vaut connaître ses droits que subir en silence.
Des coupures qui se multiplient depuis janvier 2026
L'incident du 22 mars 2026 illustre bien le problème. Suite à un départ de feu survenu au Poste Source de la DJIBI dans la nuit du 22 mars 2026, la fourniture de l’électricité est perturbée dans quelques quartiers de la commune de Cocody: Djrogobité; Angré; Bingerville; Djibi et Riviera. Après les premiers travaux, la reprise de l’alimentation électrique des zones impactées a débuté de manière progressive depuis 07h54.
Ce type d'incident n'est pas isolé. Depuis janvier 2026, les coupures d'électricité se multiplient à Abidjan. La CIE parle de « crise de croissance » face à une demande qui dépasse les capacités du réseau. En février 2026, la consommation a bondi de 14 % par rapport à l'année précédente, sous l'effet conjugué des pics de chaleur et de l'afflux de nouveaux abonnés.
La demande augmente plus vite que le réseau ne se renforce. Abidjan, avec ses six zones industrielles et ses grands chantiers d'infrastructure comme la voie de contournement Y4, voit ses besoins en énergie progresser de 10 % à 14 % par an. À l'échelle d'un quartier, le problème devient concret. À Abatta, par exemple, des contrôles réalisés l’année dernière ont montré que certains transformateurs étaient proches de leur limite. Koné Karidja, sous-directrice en charge de la maintenance basse tension à Abidjan, explique que lorsque la capacité d’un poste est atteinte, des fusibles peuvent sauter pour protéger les câbles.
Ce n'est pas non plus une première. Ce n'est pas la première fois que le pays fait face à des épisodes de délestage. Des perturbations similaires avaient été enregistrées en 2021 et en 2024.

Les travaux programmés ajoutent aux pannes imprévues
Les coupures ne viennent pas toutes d'un incident. Une partie est annoncée à l'avance, comme le chantier lancé à Abidjan Sud. La Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE) lance un programme de renforcement du réseau haute tension à Abidjan Sud, du lundi 10 au dimanche 30 août 2026.
Ces travaux touchent plusieurs communes du sud de la ville. Les travaux portent sur le remplacement des conducteurs de la liaison 90 kilovolts (kV) reliant Vridi à Bia-Sud 2, ainsi que sur le passage du poste de Bia-Sud en 225 kV. Elles pourront provoquer des perturbations ponctuelles de la fourniture d'électricité à Marcory, Koumassi, Port-Bouët, Anoumabo et Vridi.
D'autres travaux ont suivi le même schéma début 2026. Dans une note, la compagnie indique que d’importants travaux sur les installations de gaz naturel destinés à la production d’électricité se dérouleront du samedi 28 février au 2 mars 2026. Ces annonces préalables ont une importance juridique précise, détaillée plus bas.

Ce que prévoit la loi : préavis, indemnisation et recours
Un abonné lésé n'est pas démuni face à la CIE. La preuve d’un lien direct entre les dommages causés et la coupure doit être établie. La fédération de défense des usagers a d'ailleurs rappelé une règle précise sur le délai de prévenance : "la CIE a obligation de prévenir les usagers au préalable 48 heures avant toute coupure d'électricité".
Deux conditions encadrent la demande d'indemnisation. être dédommagé ou pour espérer bénéficier d'une indemnisation à la suite de la détérioration d'un appareil du fait d'une coupure d'électricité, le demandeur doit, avant tout être un abonné de la Cie. Un individu qui fraude l'électricité sur le réseau électrique ivoirien ne peut prétendre à ce droit.
La démarche suit un ordre précis. Si possible, faites constater les dommages par voie d’huissier assermenté. Envoyez par courrier avec accusé de réception votre demande d’indemnisation à la CIE accompagnée de preuves concernant les dommages causés. Si la CIE ne répond pas ou refuse, l'usager peut ensuite saisir le régulateur. Généralement, il faut contacter la CIE pour signaler le problème et demander une réparation d’abord. C’est seulement faute de réaction que l'usager peut faire une réclamation auprès de l'Autorité Nationale de Régulation du secteur de l'Électricité (ANARE-CI). La saisie du tribunal est la dernière option.
Ce recours au régulateur reste accessible à tous. Le recours à l’ANARE-CI est gratuit et peut se faire à titre individuel ou avec l’assistance d’une association de défense des droits des consommateurs. Toute réclamation relative à l’exécution du service concédé doit d’abord être soumise à l’examen du concessionnaire par le consommateur d’électricité.
Le président de l'Union fédérale des consommateurs pousse pour aller plus loin. Il plaide pour un indicateur chiffré du préjudice : "nous plaidons pour la prise en compte du TMC dans la réparation des torts aux usagers".
La CIE invoque une croissance qu'elle ne maîtrise pas encore
Il serait injuste de réduire les coupures à une simple négligence. L'effort d'investissement a été réel sur quinze ans. Entre 2011 et 2025, l'État ivoirien a injecté l'équivalent de plus de 15 milliards d'euros dans le secteur pour doubler la capacité de production, portée à 3 200 MW, et déployer 74 700 kilomètres de lignes électriques. Le nombre d'abonnés est passé de 1 à 5 millions, ce qui change aussi l'échelle du problème à gérer.
Les autorités reconnaissent la tension sur le réseau. Face aux récentes perturbations de la fourniture d’électricité en Côte d'Ivoire, les autorités ivoiriennes et les acteurs du secteur énergétique montent au créneau. À Abidjan, plusieurs responsables de Compagnie Ivoirienne d'Électricité et de Côte d'Ivoire Énergie ont présenté les causes des coupures observées ces dernières semaines, tout en détaillant les mesures engagées pour y remédier durablement. Selon Doh Marius, Directeur central commercial et opérations de la CIE, les perturbations enregistrées s’expliquent en grande partie par la forte croissance démographique dans certaines zones urbaines, conjuguée à une sollicitation accrue des infrastructures électriques.
Cet argument a du poids, mais il ne dispense pas la CIE de ses obligations envers chaque abonné. La croissance du réseau explique la fréquence des pannes, elle ne supprime pas le droit individuel à réclamation quand un dommage précis est documenté.
Que faire maintenant
Commencez toujours par la CIE, pas directement par le régulateur. Contactez le service client via l'application Ma CIE en ligne ou au siège social, 1 avenue Christiani à Treichville, par téléphone au (+225) 21 23 33 00 ou par courriel à se***********@*ie.ci, pour signaler l'incident et demander une réparation écrite.
Si un appareil a été endommagé, agissez vite avant toute remise en état. Faites constater le dommage par un huissier assermenté si possible, conservez les factures d'achat de l'appareil, puis envoyez votre demande d'indemnisation à la CIE par courrier avec accusé de réception.
Si la CIE ne répond pas ou refuse votre demande, saisissez l'ANARE-CI, l'autorité de régulation installée à l'immeuble EECI, Plateau. Le numéro vert 1393 est gratuit, et l'adresse re*****@***re.ci permet d'envoyer votre dossier directement au directeur général.
Préparez un dossier complet selon la nature du litige : lettre de saisine au DG de l'ANARE-CI, décharge de la lettre adressée à la CIE, factures contestées ou justificatifs des dommages. Un espace de plainte en ligne existe aussi sur anare.ci pour déposer le dossier sans vous déplacer.
Pour les coupures sans préavis, documentez l'heure et la zone touchée dès que possible. La plateforme citoyenne coupure.ci permet de signaler une interruption en temps réel : Depuis le lancement, 156 citoyens ont documenté 274 coupures à travers la Côte d'Ivoire. Ce type de signalement collectif aide aussi à établir qu'une coupure a bien eu lieu, un élément utile si votre dossier doit aller jusqu'à l'ANARE-CI.
Ce qui change quand vous faites valoir vos droits
Accepter que les coupures ont une cause structurelle ne veut pas dire accepter de perdre un réfrigérateur ou un congélateur sans recours. Le droit au préavis de 48 heures et la possibilité de demander réparation existent déjà, mais peu d'abonnés les utilisent faute de les connaître. Chaque réclamation déposée auprès de la CIE puis, si besoin, de l'ANARE-CI, pèse aussi dans la pression collective pour que le réseau soit renforcé plus vite. La prochaine coupure reste probable, mais elle n'a plus besoin de rester sans suite.