Prix cacao : hausse mondiale, gel producteurs

À Divo, un planteur de cacao entend à la radio que le prix cacao mondial remonte depuis l'été. Mais le tarif que sa coopérative lui verse n'a pas changé depuis mars 2026. Ce décalage résume la situation de toute la filière ivoirienne. Le prix payé aux producteurs reste bloqué au plus bas, alors que le marché international reprend des couleurs.

Le prix cacao stagne alors que le marché rebondit

Le 1er septembre 2026, le gouvernement ivoirien a annoncé les nouveaux tarifs pour la campagne 2026-2027. Le prix minimum garanti aux producteurs a été fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour le cacao et à 1 300 FCFA pour le café, lors d'une annonce faite par le ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné. Ce montant reste identique à celui appliqué depuis mars. Le prix de 1 200 FCFA avait déjà été appliqué au cacao lors de la campagne intermédiaire, de mars à août 2026, et il représente une baisse d'environ 57 % par rapport aux 2 800 FCFA/kg fixés pour la campagne principale 2025-2026.

Or, ce gel intervient alors que la tendance mondiale s'est inversée. Le cacao était tombé sous les 3 000 dollars la tonne en mars 2026, contre plus de 6 000 dollars à l'ouverture de la campagne précédente en octobre 2025, avant que le marché ne reprenne progressivement des couleurs, avec des cours atteignant 6 309 dollars la tonne le 9 juillet puis dépassant les 6 500 dollars fin août. Ainsi, le prix international remonte nettement depuis le printemps, mais le tarif payé au producteur ivoirien reste identique. Pour les ménages qui vivent de la récolte, cette absence d'ajustement pèse directement sur les décisions d'entretien des plantations pour la saison suivante.

Producteur pesant des sacs de cacao au moment de la vente, prix cacao en discussion

Pourquoi le prix cacao a chuté puis n'est pas remonté

Pour comprendre ce blocage, il faut revenir au mécanisme ivoirien de fixation des prix. Le Conseil du Café-Cacao applique un mécanisme de stabilisation qui garantit aux producteurs au minimum 60 % du prix CAF, coût, assurance, fret, mondial, via des mécanismes financiers dédiés. En mars 2026, ce calcul aurait dû conduire à un tarif encore plus bas. Selon des simulations du Conseil du Café-Cacao, avec un prix international d'environ 1 578 FCFA/kg, l'application stricte du mécanisme de stabilisation aurait donné un prix bord champ de 947 FCFA/kg, mais le président Alassane Ouattara a tenu à ce que ce prix soit supérieur à 1 020 FCFA, fixant finalement le tarif garanti à 1 200 FCFA/kg.

Pour la campagne 2026-2027, le ministre a justifié le maintien du même niveau par d'autres facteurs que le seul cours du jour. Selon le ministre Bruno Koné, la fixation du prix repose notamment sur les conditions de commercialisation de la nouvelle campagne et sur les volumes déjà vendus par anticipation par le Conseil du Café-Cacao, au prix auquel ces volumes ont été négociés. Autrement dit, une partie de la récolte à venir a déjà été vendue à l'avance, à des niveaux fixés avant le redressement des cours. Cela explique en partie pourquoi la remontée du marché mondial ne se traduit pas immédiatement par une hausse du prix bord champ.

Réunion de coopérative discutant du niveau du prix cacao bord champ

Des retards de paiement qui aggravent la situation

Au-delà du niveau du prix, un autre problème touche directement les producteurs : le versement effectif des sommes dues. Le directeur général du Conseil du café-cacao a lui-même admis que des difficultés de trésorerie ont pu, par moments, affecter le paiement intégral du prix officiel, certaines situations ayant conduit à des paiements partiels ou différés, en deçà du prix fixé par les autorités. Pour un planteur qui a déjà livré ses fèves, ce décalage entre le prix annoncé et la somme réellement perçue crée une incertitude supplémentaire.

Face à ce constat, le régulateur a annoncé une réforme du mode de paiement. À compter de septembre 2026, toutes les transactions devront obligatoirement s'effectuer via la carte du producteur, aucun cacao ne devant plus être acheté en manipulant des espèces, afin d'éviter que le planteur ne soit lésé. Cette mesure ne résout pas la question du niveau du prix, mais elle vise à garantir que le tarif officiel soit effectivement versé, en totalité, à chaque vente.

Qui profite de la hausse du prix cacao mondial

Pendant que le prix payé aux producteurs reste figé, d'autres acteurs de la chaîne bénéficient davantage du redressement des cours. La Côte d'Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao, avec une contribution estimée à environ 40 % de l'offre mondiale, pour une production nationale estimée à près de 2,2 millions de tonnes en 2025-2026. Une partie de cette production est désormais transformée sur place. Le pays poursuit sa politique de transformation locale du cacao et transforme désormais une part importante de sa production sur son territoire, avec un volume de fèves transformées estimé à plus de 754 000 tonnes.

Par ailleurs, l'État a dû intervenir directement sur le marché pour absorber les stocks accumulés pendant la chute des cours. Cette campagne a notamment été marquée par une forte volatilité des exportations et le rachat par l'État d'environ 123 000 tonnes de fèves résiduelles, dans un contexte de ralentissement temporaire de la commercialisation sur le marché mondial. Ce sont donc les exportateurs et les industriels qui achètent et transforment les fèves qui profitent le plus directement du rebond des cours internationaux observé depuis juillet. Cette situation, jugée injuste par certains, fait l'objet de débats politiques : un parti d'opposition réclame publiquement une revalorisation du prix ou une aide directe aux planteurs, une demande qui reste, à ce stade, une position politique et non une décision actée par le gouvernement.

Ce qui peut changer

La réforme la plus concrète et déjà en cours concerne le paiement : depuis septembre 2026, la carte du producteur devient obligatoire pour toute transaction, ce qui doit limiter les paiements partiels ou en espèces dénoncés par le Conseil du café-cacao lui-même. Le mécanisme de stabilisation à 60 % du prix CAF mondial, appliqué par le Conseil du Café-Cacao, reste l'outil qui détermine le prix bord champ à chaque révision, en mars pour la campagne intermédiaire et en septembre pour la campagne principale. Si les cours mondiaux confirment leur remontée dans les prochains mois, ce mécanisme pourrait mécaniquement justifier une révision à la hausse lors de la prochaine campagne intermédiaire, comme cela s'est produit par le passé.

Les acteurs qui peuvent agir sont identifiés : le Conseil du Café-Cacao, qui calcule et propose les prix, le ministère de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, qui les valide, et la présidence, qui a déjà arbitré à la hausse en mars 2026 par rapport au calcul strict du mécanisme. Les coopératives de producteurs et les organisations professionnelles disposent aussi d'un espace de négociation lors des Journées nationales du cacao et du chocolat, qui réunissent chaque année les acteurs institutionnels et économiques de la filière.

Le prix cacao, un enjeu qui reste entier

Le prix cacao versé aux producteurs ivoiriens reste à 1 200 FCFA/kg, un niveau fixé en mars 2026 et reconduit en septembre malgré la remontée des cours mondiaux. Ce décalage illustre une tension durable entre la protection immédiate des revenus des planteurs et les contraintes de commercialisation anticipée de la filière. Les prochains mois diront si le mécanisme de stabilisation permet un rattrapage. En attendant, nous continuerons à suivre chaque annonce officielle du Conseil du Café-Cacao sur ce sujet.

En savoir plus sur le prix de cacao

Laisser un commentaire

Verified by MonsterInsights