À Lubumbashi, les coupures électricité rythment le quotidien de plusieurs communes depuis des mois. Katuba, Kampemba ou Kamalondo alternent entre pannes soudaines et rétablissements précaires. La Société nationale d'électricité (SNEL) évoque plusieurs causes : vol de câbles, sabotages, baisse du niveau des rivières et production insuffisante. Face à la pression citoyenne et parlementaire, l'entreprise publique annonce des mesures techniques pour stabiliser le réseau. Leur portée reste toutefois limitée face à l'ampleur du problème.
Un réseau vulnérable aux vols de câbles et aux sabotages
Dans la nuit du 25 au 26 février 2026, un acte de sabotage a frappé une artère majeure du réseau électrique de la ville. Près de deux kilomètres de fils conducteurs haute tension ont été arrachés sur la ligne reliant le poste Karavia au répartiteur Sud, provoquant vers 1h25 une coupure d'envergure. Les secteurs touchés comprennent Katuba, Kamalondo, Kampemba, Annexe, Lubumbashi et Kenya, selon un communiqué de la SNEL daté du 26 février.
Sur place, l'impact a été immédiat. Les résidents ont décrit une nuit noire et des perturbations immédiates dans les activités commerciales ainsi que hospitalières de ces zones. La Direction régionale Sud de la SNEL a présenté ses excuses à la population et assuré que des équipes techniques ont été dépêchées en urgence sur le site.
Ce type d'incident n'est pas isolé. À Kipushi, le vol de câbles a plongé les communes de Katuba, Kenya et une grande partie de Kampemba dans des coupures récurrentes, selon le régional Jean-Marie Mutombo Ngoie. Par la suite, la SNEL a indiqué procéder au remplacement progressif des conducteurs volés par des conducteurs en acier. Le responsable régional a par ailleurs sollicité l'implication des autorités politiques et des services de sécurité pour arrêter les auteurs de ces vols.

Une production hydroélectrique fragilisée par la saison sèche
Au-delà des vols, une autre cause pèse sur l'alimentation de la région. Le directeur provincial de la SNEL évoque la baisse du niveau des rivières Lufira et Lualaba, qui font tourner les centrales hydroélectriques locales. Avec la saison sèche, ces rivières ne fournissent pas assez d'eau, ce qui limite la production d'électricité.
D'autres facteurs s'ajoutent à ce déficit saisonnier. Les lignes haute tension sont souvent envahies par des constructions illégales, ce qui rend difficile l'accès des équipes de maintenance pour effectuer rapidement des réparations. De plus, le vol de matériel dans les cabines électriques aggrave les coupures dans certains quartiers.
Le déficit structurel dépasse la seule saison sèche. La province du Haut-Katanga compte deux centrales hydroélectriques fonctionnelles, Mwadingusha et Koni, érigées sur la rivière Lufira, mais elles produisent actuellement moins de 30% de leur puissance installée en raison de la vétusté des vannes et des équipements. Ainsi, plus de la moitié des ménages de la province n'ont pas accès à l'électricité, et plus de 60% de ceux qui y ont accès ne sont pas desservis par la SNEL.

Des pannes qui compliquent la vie quotidienne
Dans les quartiers périphériques, la situation reste tendue. Les coupures répétées d'électricité continuent d'affecter le quotidien de milliers d'habitants, en particulier dans les quartiers périphériques de la capitale du Haut-Katanga, avec des délestages fréquents qui perturbent les activités économiques, fragilisent la sécurité nocturne et compliquent les conditions de vie des ménages. Selon Delphin Mumba, directeur régional Sud de la SNEL, le principal problème reste l'insuffisance de la puissance énergétique disponible pour alimenter simultanément l'ensemble des abonnés de la ville.
Face à ce constat, le contrôle politique s'intensifie. En mai 2026, le député national Jethro Muyombi, élu de Lubumbashi, a adressé une question d'actualité à la direction générale de la SNEL, exigeant des explications claires sur les coupures intempestives et le déficit chronique de production. Selon lui, le pays dispose de l'un des plus grands potentiels hydroélectriques du continent, alors que la réalité sur le terrain reste une pénurie de courant quasi permanente. Cette interpellation s'inscrit dans le cadre du contrôle parlementaire pour pousser la société étatique à rendre des comptes et à proposer des solutions durables.
Cette mobilisation n'est pas nouvelle. Des mouvements citoyens avaient déjà manifesté, remettant un mémorandum au directeur régional Fundi Issa avec des recommandations pour la SNEL. Ce dernier avait alors reconnu que le vol des conducteurs en cuivre sur les lignes haute tension figurait parmi les causes, citant l'exemple d'une seule ligne à 220 kV restant fonctionnelle sur trois entre Likasi et Lubumbashi. Il avait ajouté que la vétusté de certaines machines aggravait la situation et qu'un travail de restructuration était en cours.
Ce qui peut changer
Certaines interventions ont déjà montré des résultats mesurables. Grâce à une nouvelle ligne de puissance tirée du poste NRK jusqu'à UNILU, les clients de ce secteur ont constaté une nette amélioration, avec une réduction significative des coupures de courant. Ailleurs, un projet soutenu par Enabel dans les quartiers Météo et Kilwa vise à impacter positivement près de 50 mégawatts du réseau.
L'installation de compteurs à prépaiement constitue un autre levier documenté. À Katuba, le poste utilisant plus de 16 MW pour desservir les communes de Katuba et de la Kenya a économisé 3 MW depuis l'arrivée de ces compteurs, ce qui a permis de supprimer le délestage dans ces secteurs. Après le vol de câbles à Kipushi, la SNEL a également annoncé remplacer progressivement les conducteurs en cuivre par des conducteurs en acier, moins recherchés par les voleurs.
Sur le plan institutionnel, la question parlementaire de mai 2026 impose désormais à la direction générale de la SNEL de rendre compte publiquement de sa gestion. La restructuration évoquée par la direction régionale Sud reste, elle, sans calendrier public précis. Une stabilisation durable dépendrait d'investissements plus larges dans la production, notamment la réhabilitation des centrales de Mwadingusha et Koni, une décision qui relèverait du gouvernement congolais, de la SNEL et de ses partenaires financiers.
Conclusion
Les coupures électricité à Lubumbashi résultent d'un enchevêtrement de causes : vols de câbles, sabotages, sécheresse et sous-investissement chronique. Des mesures ponctuelles, nouvelle ligne NRK-UNILU, compteurs à prépaiement, remplacement des conducteurs, ont déjà réduit certaines pannes localement. Mais tant que la production hydroélectrique restera sous exploitée, les coupures électricité continueront de peser sur les ménages et les commerces. Les habitants peuvent suivre les communiqués de la SNEL Direction régionale Sud et signaler les incidents pour appuyer le contrôle parlementaire en cours.