À Douala, la saison des pluies laisse chaque année des routes dégradées, des nids-de-poule profonds et des habitants livrés à eux-mêmes. Le 11 septembre 2026, des inondations ont transformé les quartiers de Sable et Bonamoussadi en zones impraticables, coupant plusieurs axes de circulation. Ce scénario se répète depuis des années dans plusieurs arrondissements de la capitale économique. Automobilistes, motards et piétons composent avec une chaussée qui se dégrade plus vite qu'elle ne se répare. Reste une question simple : qui doit payer pour remettre ces routes en état ?
Des routes dégradées bien avant la fin des pluies à Douala
Le 11 septembre 2026, routes coupées, populations piégées : c'est le constat dressé dans le seul arrondissement de Douala 5e. Par ailleurs, ce problème dépasse largement le cadre local. Un récent classement du Forum économique mondial place le Cameroun dans le top 10 des pays africains aux routes les plus dégradées. Selon la mairie de Douala elle-même, sur les 700 km de routes bitumées de la ville, environ 225 km, soit plus de 30%, sont en état de délabrement avancé.
Dans le quartier de Bonendale, à Douala 4e, les habitants vivent cette dégradation au quotidien. Une riveraine y résume la situation en une phrase : « Si la pauvreté ne nous tue pas, c'est l'insalubrité qui va nous tuer ». Ailleurs, à Akwa, un témoin décrit une scène récurrente en saison des pluies : « On sort les gens de l'eau tous les jours. Les voitures restent coincées dans les trous, les motos font tomber les gens et quand il pleut, c'est le cinéma ». Ces témoignages illustrent un problème qui touche plusieurs arrondissements, pas seulement quelques rues isolées.

Qui doit financer les routes dégradées de Douala ?
La Communauté urbaine de Douala (CUD) est la collectivité territoriale en charge de la voirie urbaine. Créée le 24 septembre 1987, sous la tutelle de l'État du Cameroun, elle gère les affaires locales en vue d'assurer le développement social, économique et culturel de ses populations. Entre 2020 et 2024, la Communauté urbaine de Douala a investi, sur fonds propres, plus de 60 milliards de Fcfa pour réhabiliter près de 100 km de route. Ce montant reste toutefois très inférieur aux besoins réels.
En effet, la mairie avait estimé à 180 milliards de Fcfa le budget nécessaire pour réhabiliter ces routes, mais son budget annuel ne lui permet pas de le faire. Face à ce constat, elle a opté, depuis 2022, de prioriser la réhabilitation de 125 km de routes critiques, pour un coût prévisionnel de 80 milliards de Fcfa. Pour 2025, la mairie de Douala avait adopté un projet de budget de 72 milliards de Fcfa, consacré prioritairement à la réhabilitation de la voirie urbaine. Ce financement concerne uniquement les routes urbaines : les grands axes nationaux, comme la liaison Douala-Yaoundé, dépendent du ministère des Travaux publics et de bailleurs distincts.

Pourquoi les routes dégradées ne tiennent pas dans le temps
Plusieurs facteurs expliquent la vitesse de dégradation de la chaussée à Douala. D'après des experts cités par la CUD elle-même, la forte pluviométrie dans la ville de Douala rend difficile la durabilité de la voirie urbaine. Cependant, cette explication ne suffit pas à tout justifier. De nombreuses voies primaires, secondaires et tertiaires de la capitale économique sont jonchées de nids de poule quelques mois seulement après leur réception par le maître d'ouvrage, et cette dégradation rapide ne saurait s'expliquer par le seul phénomène naturel.
Les entreprises chargées du contrôle des chantiers pointent une autre cause. Elles évoquent des « légèretés techniques et l'amateurisme des entreprises prestataires de services ». À cela s'ajoutent des retards de trésorerie qui ont, par le passé, ralenti les chantiers de bouchage des trous pendant la saison sèche elle-même. Ainsi, l'accumulation de ces facteurs, pluie, malfaçons et budgets tendus, explique pourquoi une route réparée peut se dégrader à nouveau en quelques mois.
Ce qui peut changer
La CUD a créé en 2024 la Régie des routes et des constructions (2RC), un service chargé d'assurer directement l'entretien et la réhabilitation de la voirie, en complément des entreprises privées. Ce dispositif a pu démarrer grâce à un financement sécurisé dès 2021 via une convention avec l'institution financière UBA, qui a permis d'acquérir un parc d'engins comptant aujourd'hui plus de 36 machines lourdes, incluant tractopelles, compacteurs et camions-bennes. Pour équiper davantage cette régie, la CUD recherche une enveloppe supplémentaire de 10 milliards de Fcfa, un financement qui n'est pas encore confirmé à ce jour.
Sur le terrain, la CUD a fixé des objectifs chiffrés pour 2025. Son plan d'urgence prévoit le traitement de 10 000 m² de nids-de-poule sur un total de 26 504 m² recensés, l'aménagement de 10 km de routes pavées dans les zones enclavées, et le rechargement de 90 km de routes en terre sur 4 300 km existants. De plus, des ouvrages de franchissement doivent être construits ou réhabilités dans des quartiers comme Akwa, Makepe, Bonamoussadi et Kotto. Ces engagements restent à vérifier dans leur exécution : ils fixent néanmoins un calendrier précis auquel les habitants peuvent se référer pour demander des comptes à la mairie.
Routes dégradées à Douala : la responsabilité reste partagée
Les routes dégradées de Douala ne relèvent pas d'une seule cause ni d'un seul responsable. La pluie accélère l'usure, mais des malfaçons documentées et un budget municipal insuffisant expliquent aussi pourquoi les réparations ne tiennent pas. La Communauté urbaine de Douala a engagé des moyens supplémentaires depuis 2024, sans encore combler l'écart entre les besoins et les financements disponibles. Les habitants concernés par des routes dégradées près de chez eux peuvent signaler les points critiques à leur mairie d'arrondissement et suivre l'avancement du plan d'urgence de la CUD.