Coupures internet à Kinshasa : qui répond ?

À Kinshasa, les coupures internet ne sont plus une exception mais une habitude que les abonnés apprennent à gérer. Certains changent d'opérateur, d'autres adaptent leurs forfaits pour ne pas perdre leurs données. Depuis plusieurs mois, quatre opérateurs, un régulateur et même la présidence sont mis en cause pour la dégradation du service. Nous avons cherché ce que répondent réellement les acteurs concernés, entre explications techniques et zones d'ombre politiques.

Un service qui se dégrade au quotidien à Kinshasa

Le mécontentement dépasse désormais les clivages habituels dans la capitale congolaise. Les abonnés des quatre opérateurs, Airtel, Vodacom, Orange et Africell, s'en plaignent, le président Félix Tshisekedi l'a déploré publiquement, et le ministre des Postes et Télécommunications, José Mpanda, a tonné. Pourtant, rien ne change vraiment. La qualité des services de télécommunications, voix et internet, continue de se dégrader : appels coupés, SMS en retard, débit internet poussif, la fluidité promise reste théorique.

Par ailleurs, les conditions d'usage se durcissent aussi du côté des forfaits prépayés. Le forfait de 1 gigaoctet, auparavant valable pendant 24 heures, ne peut désormais être utilisé que jusqu'à 23h59 le jour de son activation, ce qui contraint de nombreux utilisateurs à revoir leurs habitudes de consommation. Un habitant de la Gombe résume la situation : « la réduction de la durée de validité est une contrainte supplémentaire dans la gestion quotidienne de notre consommation », témoigne Jean‑Marc. Cette situation soulève une question de fond sur le rôle du régulateur. Au-delà des aspects techniques, cette situation met en lumière un enjeu de responsabilité publique : l'ARPTC, en tant qu'autorité de régulation, est appelée à veiller à l'équilibre entre les intérêts des opérateurs et ceux des consommateurs.

Technicien réparant une antenne à l'origine des coupures internet

Les causes techniques avancées par les opérateurs

Face aux critiques, les opérateurs et le régulateur avancent des explications d'ordre technique. Les perturbations peuvent avoir différentes origines, notamment une coupure d'électricité affectant une antenne ou une saturation du réseau dans des zones à forte concentration d'utilisateurs, ce qui rappelle que la qualité des services dépend aussi de l'environnement énergétique et de la densité urbaine. Ainsi, les délestages électriques et la densité de population aux heures de pointe sont régulièrement cités.

De plus, une réunion récente entre le ministère, les opérateurs et le régulateur a permis d'identifier deux familles de causes. Deux familles de causes ont été actées : les causes exogènes d'abord, coupures intempestives des câbles à fibre optique, délestages électriques chroniques, déficit d'antennes-relais, notamment à l'intérieur du pays. Ce constat rejoint un problème régional plus large. Les effets des défaillances du câble sous-marin WACS se font sentir en République démocratique du Congo, et le régulateur télécoms a indiqué que des opérations de maintenance étaient en cours afin de rétablir les services dans les meilleurs délais. Toutefois, ces causes exogènes n'expliquent pas tout, notamment la réduction unilatérale de la validité des forfaits.

Gérant de cybercafé touché par les coupures internet à Kinshasa

Quand la coupure vient d'une décision politique

Certaines coupures ne relèvent pas d'un incident technique mais d'une décision assumée par le pouvoir. Les opérateurs internet de RDC ont reçu l'ordre de couper l'accès à internet dans la capitale Kinshasa, qui connaissait de très violentes manifestations opposant les forces de l'ordre et des manifestants hostiles au président Joseph Kabila. Un épisode similaire s'est reproduit après un scrutin national. L'accès à internet et aux réseaux sociaux a été coupé « sur instruction du gouvernement » en République démocratique du Congo, au lendemain des élections générales, selon des opérateurs eux-mêmes.

Cependant, les justifications avancées par les autorités et les critiques de la société civile ne convergent pas. Pour la société civile congolaise comme internationale, cette limitation de l'accès aux réseaux sociaux constitue une nouvelle restriction des libertés, tandis que pour le gouvernement, il s'agit d'une mesure présentée comme temporaire. Ces épisodes datent de périodes électorales antérieures et ne concernent pas nécessairement la situation actuelle du réseau à Kinshasa. Il convient donc de distinguer les pannes techniques récurrentes des coupures ordonnées ponctuellement en contexte de crise politique.

Ce qui peut changer

Du côté du régulateur, des mesures concrètes ont été annoncées après le contrôle mené par la société civile. Le président du Parlement des étudiants, André Kakubu, a salué les mesures annoncées par l'ARPTC, citant notamment la mise en place d'une Task Force chargée du suivi de la qualité des services, ainsi que l'acquisition de nouveaux équipements de contrôle par le régulateur. Ce contrôle citoyen illustre un rôle nouveau pour la société civile. Le contrôle citoyen mené par le Parlement des Étudiants montre que la société civile peut jouer un rôle actif dans ce domaine.

Par ailleurs, des experts pointent une responsabilité institutionnelle plus large, notamment celle du chef de l'État et du Parlement. Le président s'est montré ferme pour faire appliquer l'article 40 de la loi, qui impose qu'au moins 25% du capital des opérateurs soit détenu par des Congolais, dont 5% par les salariés ; il devrait l'être aussi, plaident les experts, pour l'article 12 sur la tutelle. Enfin, une solution d'infrastructure est à l'étude au niveau régional. La République du Congo envisage de se connecter à un nouveau câble sous-marin afin de pallier les défaillances du câble WACS, avec des études techniques qui devraient être finalisées dans un délai de deux semaines. Reste à voir si ces initiatives se traduiront par une amélioration durable pour les abonnés de Kinshasa.

Coupures internet, un problème qui reste sans réponse claire

Les coupures internet à Kinshasa mêlent pannes techniques réelles et décisions politiques ponctuelles, sans que les deux ne soient toujours distinguées. Les opérateurs et le régulateur avancent des causes vérifiables, mais les habitants attendent des résultats concrets sur la qualité du réseau. Suivre les prochaines décisions de l'ARPTC et du Parlement congolais permettra de savoir si les coupures internet reculent réellement à Kinshasa. En attendant, les usagers restent les premiers témoins d'un service qui peine à s'améliorer.

En savoir plus sur les coupures internet à Kinshasa

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