Logement étudiant à Montréal : la pénurie

À Montréal, trouver un logement étudiant relève parfois du parcours du combattant avant la rentrée. Des établissements d'enseignement orientent de plus en plus leurs étudiants vers des solutions provisoires : hôtels, auberges de jeunesse ou sous-sols familiaux. Ce recours à l'improvisation traduit un déséquilibre profond entre l'offre de logements et la demande étudiante montréalaise. Il pousse aussi certains jeunes à envisager d'abandonner leurs études, faute de loyer accessible.

Une pénurie de logement étudiant qui pousse vers des solutions de fortune

Depuis plusieurs rentrées, des établissements d'enseignement montréalais orientent leurs étudiants vers des solutions temporaires. On voit les établissements d'enseignement de plus en plus se tourner vers des solutions temporaires pour combler le manque, comme loger dans les hôtels, les auberges de jeunesse et dans des sous-sols familiaux. Selon Laurent Levesque, directeur général de l'organisme UTILE, la condition des étudiants locataires va continuer à se détériorer si on ne construit pas plus de logements pour les étudiants. Par ailleurs, il rapporte que des jeunes commencent à renoncer ou à considérer renoncer à leur projet d'étude simplement parce qu'ils ne trouvent pas un loyer qu'ils peuvent se payer.

Ce phénomène ne date pas d'hier et touche aussi d'autres régions du Québec. En 2023 déjà, à Granby, un presbytère avait été converti en logements pour des élèves étrangers en technique infirmière, selon Le Devoir cité par La Presse. Cette même année, la Fédération des cégeps avertissait qu'il y aurait presque 14 000 étudiants de plus au cégep d'ici deux ans, l'équivalent de deux gros cégeps. Concrètement, pour les étudiants arrivant à Montréal sans réservation en fin d'été, la difficulté à trouver une chambre d'hôtel reste réelle, la période coïncidant avec la haute saison touristique.

Étudiants partageant une chambre faute de logement étudiant disponible

Pourquoi le logement étudiant manque autant à Montréal

Deux dynamiques se superposent, selon Laurent Levesque, cofondateur de l'UTILE. Il y a d'une part l'érosion du parc locatif, et d'autre part de plus en plus d'étudiants locataires, ce qui n'est pas sans conséquence sur le marché locatif en général. De plus, cette pression ne se répartit pas également dans la ville : les deux tiers des locataires étudiants sont concentrés dans cinq quartiers centraux de la ville, selon l'enquête PHARE 2021.

En comparaison avec d'autres villes universitaires nord-américaines, Montréal reste mal équipée en résidences dédiées. Selon un sondage de Bonard, le nombre de places en résidence ne correspondait qu'à 10,3 % du nombre total d'étudiants inscrits, alors qu'il devrait dépasser 60 % selon les experts. À titre de comparaison, Waterloo, en Ontario, championne canadienne en la matière, peut accueillir plus de 35 % de ses inscrits en résidence universitaire. Néanmoins, même dans cette ville modèle, 63 % des personnes sondées éprouvaient des difficultés à trouver un logement, et 45 % ont noté que leurs dépenses étaient plus élevées qu'anticipé, ce qui montre que la construction seule ne suffit pas.

Chantier de construction d'un nouveau logement étudiant à Montréal

Les initiatives déjà en place pour loger les étudiants

Face à ce constat, la Ville de Montréal a annoncé un financement dédié. Entre 2026 et 2028, la Ville offrira un soutien financier de 21,4 millions de dollars à l'OBNL l'UTILE pour la construction de 670 nouveaux logements hors marché pour étudiants et étudiantes, permettant d'accueillir près de 1000 nouveaux locataires aux études. Ces logements seront répartis dans des zones stratégiques : les 670 logements seront construits dans 4 secteurs accessibles en transport collectif et situés à proximité des campus universitaires.

Au-delà de ce projet, l'UTILE mène un chantier plus large à l'échelle du Québec. L'organisation indique travailler sur environ 1 500 logements en développement dans plusieurs villes québécoises, dont Montréal, Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières et Rimouski. Toutefois, l'objectif annoncé, dans les prochaines années, est de lancer 600 à 800 logements étudiants par an, une cadence notable mais insuffisante à elle seule pour absorber toute la demande. Un nouveau projet est par ailleurs en développement dans plusieurs villes du Québec, dont un nouveau projet en branle au centre-ville de Montréal.

Ce qui peut changer

Plusieurs acteurs identifiés dans ce dossier disposent de leviers concrets. La Ville de Montréal a déjà engagé 21,4 millions de dollars pour financer l'UTILE jusqu'en 2028 : ce budget doit encore se traduire en logements livrés et occupés pour mesurer son effet réel. L'UTILE, de son côté, applique un modèle où les loyers sont proposés sous le marché à l'ouverture, puis les hausses annuelles sont limitées, souvent entre 2 % et 3 %, contre des augmentations bien plus fortes dans le marché privé. Enfin, Projet Montréal et Ensemble Montréal ont tous deux promis la création de 2000 logements étudiants lors de la dernière campagne municipale, un engagement qui reste à vérifier dans les faits à mesure que les projets sortent de terre. Les universités elles-mêmes sont appelées à jouer un rôle actif : Laurent Levesque souligne le rôle essentiel des partenariats diversifiés et observe une tendance croissante parmi les grandes universités québécoises à reconnaître qu'elles ne peuvent pas tout gérer seules.

Logement étudiant : un défi qui reste entier

La pénurie de logement étudiant à Montréal ne se résorbera pas du jour au lendemain. Les 670 logements financés par la Ville et les 1500 unités en développement chez l'UTILE marquent une avancée, mais restent insuffisants face à la demande. En attendant, hôtels, auberges et sous-sols familiaux continuent de servir de solution de repli pour de nombreux étudiants. Les prochaines rentrées diront si les engagements pris par les collectivités et les universités se traduisent enfin par des logements disponibles et abordables.

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