Les profs manquants inquiètent de nombreuses familles parisiennes en cette rentrée. Dans plusieurs collèges et lycées de la capitale, des classes ont démarré l'année sans enseignant titulaire devant elles. Ce n'est pas une impression isolée : une enquête syndicale nationale confirme le phénomène, chiffres à l'appui. Nous avons cherché à comprendre pourquoi ces postes restent vacants et ce qui peut concrètement s'améliorer.
Profs manquants : ce que confirment les chiffres nationaux
Il manquait au moins un professeur dans 53% des collèges et des lycées publics à la rentrée, selon une enquête du Snes-FSU, premier syndicat du second degré, publiée lundi. Le syndicat a mené cette enquête auprès de ses représentants dans un échantillon de 1.033 établissements du 31 août au 4 septembre. Parmi les matières les plus touchées, figurent les mathématiques, le français, la physique-chimie et l'anglais. Par ailleurs, en tenant compte de tous les métiers de l'école, 69% des établissements scolaires «ont une équipe pédagogique et éducative où il manque au moins un personnel», selon le Snes-FSU.
Toutefois, le ministère de l'Éducation présente une autre lecture de la situation. "On a fait le plein cette année", s'était félicité le ministre de l'Éducation Édouard Geffray à la veille de la rentrée scolaire, brandissant une amélioration du recrutement enseignant grâce au déplacement du concours à bac+3. Selon les chiffres du ministère, 98,5% des postes ont été pourvus dans le premier degré, contre 92,1% l'an dernier, et 96,1% dans le second degré, contre 90,6%. Ces deux versions des faits, syndicale et ministérielle, ne portent pas exactement sur les mêmes indicateurs.
Néanmoins, le syndicat insiste sur la continuité du problème d'une année sur l'autre. L'an dernier, dans une enquête similaire, le syndicat avait estimé qu'il manquait au moins un enseignant dans 55% des collèges et lycées et au moins un personnel dans 73% des établissements. "La situation reste donc très dégradée faute de personnel en nombre suffisant", estime le syndicat. Ce constat, contesté par le ministère, montre au moins que le débat sur les profs manquants ne date pas de cette seule rentrée.

Pourquoi les profs manquants se concentrent sur l'académie de Paris
Dans la capitale, le problème prend une forme particulière. Dans l'académie de Paris, plusieurs centaines d'enseignants contractuels en CDD ont appris à la fin de l'été que leur contrat ne serait pas renouvelé cette année, a ainsi avancé une intersyndicale. Anglais, histoire-géographie, lettres, sciences économiques et sociales, maths, sciences physiques et sciences de la vie et de la Terre : près de 200 enseignants non-titulaires en CDD ont appris le non-renouvellement de leur contrat "à la veille de la rentrée". Ces enseignants ont reçu un mail le 21 août, s'insurge la cosecrétaire générale du SNES-FSU Paris.
Selon le rectorat, cette décision tient d'abord à un ajustement lié au recrutement. "Le rectorat explique que suite au double concours, le nombre de fonctionnaires stagiaires à accueillir dans l'académie s'est révélé plus important que prévu", détaille la cosecrétaire générale du SNES-FSU Paris, qui évoque 100 stagiaires affectés de plus que les prévisions du rectorat. De son côté, le syndicat conteste cette explication. "Les contractuels sont utilisés comme des variables d'ajustement", dénonce la responsable syndicale.
Cette situation s'ajoute à des suppressions de postes annoncées pour l'ensemble de l'académie. Dans l'académie de Paris, 90 emplois de professeur·es dans le premier degré et 134 dans le second degré seront supprimés à la rentrée 2026. Face aux critiques, le rectorat affirme suivre chaque situation individuellement. Le rectorat répond qu'"une attention particulière est portée aux situations individuelles".

Ce que vivent les élèves face aux profs manquants
Pour les familles, ces profs manquants se traduisent par des cours non assurés pendant des semaines, parfois des mois. Ainsi, à l'échelle nationale, le phénomène touche autant les enseignants que les autres métiers de l'école. Ces professionnels comprennent les professeurs, les conseillers principaux d'éducation, les psychologues de l'Education nationale, les assistants d'éducation et les accompagnants d'élèves en situation de handicap. Cette diversité de postes vacants complique la vie scolaire au quotidien, au delà du seul remplacement d'un professeur absent.
De plus, certains parents ne se contentent plus de signaler le problème par simple lettre. La justice administrative l'a d'ailleurs reconnu : elle accède de plus en plus fréquemment aux demandes des parents d'élèves contestant l'absence de remplacement des enseignants. Cette évolution juridique donne un nouveau levier aux familles concernées par des classes sans enseignant. Enfin, un rapport parlementaire a documenté ce problème avant même la rentrée 2026.
En juin 2025, le sénateur Olivier Paccaud a rendu un rapport d'information intitulé « Des enseignants de plus en plus irremplaçables : une politique à revoir ». Ce travail sénatorial confirme que le non-remplacement des enseignants absents constitue un problème structurel, pas seulement conjoncturel. Il s'ajoute aux constats du Snes-FSU et de la FCPE sur la même question.
Ce qui peut changer
Plusieurs pistes existent déjà pour signaler ou contester l'absence d'enseignant devant une classe. La FCPE Paris propose une plateforme de signalement, nommée OUYAPASCOYURS, pour recenser les cas de non-remplacement dans l'académie. Cet outil permet aux parents de documenter les classes concernées et de constituer un dossier pour le rectorat. Par ailleurs, la justice administrative accède de plus en plus souvent aux demandes des familles qui contestent l'absence de remplacement, ce qui ouvre une voie de recours concrète pour les parents qui saisissent le tribunal administratif.
Du côté institutionnel, le rapport du sénateur Olivier Paccaud propose de revoir la politique de remplacement des enseignants absents, un chantier que le ministère n'a pas encore traduit en mesures précises pour Paris. Le rectorat, de son côté, indique examiner les situations individuelles des enseignants contractuels non renouvelés, sans toutefois annoncer de réintégration collective à ce stade. Enfin, les organisations syndicales de l'académie de Paris demandent la communication de chiffres stabilisés sur les suppressions de postes, un préalable qu'elles jugent nécessaire avant toute discussion sur les moyens humains pour la rentrée.
Profs manquants à Paris : ce qu'il faut suivre maintenant
Les profs manquants à Paris ne relèvent pas d'un simple désaccord de chiffres entre syndicats et ministère. Ils traduisent une tension réelle sur le recrutement, les suppressions de postes et le sort des enseignants contractuels. Les familles disposent désormais d'outils concrets pour signaler les classes sans professeur, et la justice administrative leur donne parfois raison. Nous continuerons à suivre l'évolution des profs manquants dans l'académie de Paris, et invitons les parents concernés à documenter leur situation auprès des dispositifs existants.